RX&SLAG, Paris

Vincent Gicquel

Mon beau miroir

Pour sa deuxième exposition personnelle à la galerie RX&SLAG Paris, l’artiste Vincent Gicquel présente un ensemble de 14 œuvres, nouvellement réalisées. Celles-ci marquent une évolution dans sa pratique artistique. La palette chromatique devient son propre sujet. L’aspect presque caricatural de ses anciens personnages s’efface pour laisser place à une expression plus nuancée. Entre abstraction et expressionnisme, avec des couleurs lumineuses, l’artiste crée un nouvel espace pictural approfondissant sa recherche de paysage.

« Des esclaves sans maîtres, voilà ce que nous sommes. Nous vivons sans y prêter attention.

         Chacun vit une existence qu'il ne perçoit pas. Moi je peins des tableaux qui piquent, c'est leur seule raison d'être. Il n'y a aucun intérêt à peindre ce que l'on connaît, je ne peins que ce que l'on ne voit pas, le point de fuite imaginaire, le point d'incidence où l'on vient se réfléchir.
     Des miroirs, de beaux miroirs, des images réfléchies, voilà ce que l'on voit, des personnages errants dans la peinture, oscillants dans l'univers, en équilibre sur des hamacs branlants, assis sur des lianes fragiles, autant de liens symboliques qui nous maintiennent en vie. C'est sur ces arêtes de basculement, dans ces moments de fragilité, que nous prêtons attention. C'est à travers l'expérience du corps que l'on prend conscience de la mort et donc de la vie.
     Dans cette série, si la peinture semble avoir pris le dessus sur les personnages, les corps restent le centre névralgique de toutes les questions. Englués dans cette nature, souvent seuls, ils restent l'unique connexion à partir de laquelle nous faisons du monde, notre propre monde. Ce corps encombrant que l'on traîne comme un fardeau accroché à l'esprit, c'est notre dernier lien avec la nature extérieur qui nous résiste.
    Et si le corps et l'esprit se livrent à une guerre sans fin et entretiennent une opposition permanente, c'est bien au cœur de cette oscillation que réside toute ma peinture ! Quelque part entre ce corps qui meurt et cet esprit qui a opté pour la volonté de vivre. Nous n'avons pas été rejetés par les dieux, nous sommes maudits par nature, nos corps ont par nature un destin tragique. Et la conscience de ce corps maudit par nature est l'essence même de la vie.
    La force de l'esprit nous permet de résister aux forces de la nature, opter pour la vie, c'est décider de survivre, vivre à l'insu de son corps. Il nous faut faire le vœu de tout supporter dans ce mouroir. Tout est une question d'équilibre, avoir le cul entre deux chaises, entre le corps et l'esprit, entre abstraction et figuration, visible et invisible, entre le monde et la conscience du monde.
Il ne faut rien choisir, accepter l'errance, l'oscillation. Chercher en vain à dompter une réalité récalcitrante, c'est se condamner à la tension. Abstenez-vous de choisir une chaise et restez vivants. »

- Vincent Gicquel