RX - Paris

Kyle Staver

Commissaire : Gwenolée Zürcher

Kyle Staver est peintre et s’affiche comme telle. Elle est née en 1953 à Virginia dans le
Minnesota. Elle vit et travaille à New York. Après avoir fait ses études et travaillé
comme boulangère et pâtissière à Minneapolis, elle finit ses études d’art à Yale
University, New Haven d’où elle sort avec un diplôme MFA peinture. Son travail se situe
dans la lignée des grands peintres figuratifs américains tels que David Park, Alice Neel,
Bob Thompson, ou des peintres plus jeunes comme Dana Schutz, Nicole Eisenman. Elle
tient un journal sur Instagram, en effet elle poste chaque matin 3 visuels d’oeuvres d’art
qu’elle se plait à mettre en relation. Son attachement à l’histoire de l’art, aux
mythologies, sa connaissance notamment de la peinture française - sa pratique et son sens
de la composition placent d’emblée son travail dans une famille d’artistes à laquelle
appartient Marc Desgrandchamps, un artiste longtemps défendu par la galerie Zürcher à
Paris. C’est la raison pour laquelle il m’est venu naturellement à l’idée de demander à
Marc Desgrandchamps d’écrire sur la peinture de Kyle Staver pour sa première
présentation au public français.


Gwenolee Zürcher
New York, 1 Juillet 2019


Voici un extrait de la préface de Marc Desgrandchamps publiée dans le catalogue Kyle
Staver à New York en mai 2019 :
« Tout en se rattachant à ce territoire pictural, son art est très singulier, fait de sujets
universels qu’elle interprète à sa manière. Les compositions sont monumentales et
franches, à la fois violemment expressives et subtiles. La matière joue d’un clair obscur
voluptueux, les corps de femmes et d’hommes s’y entremêlent entre conflit, séduction,
rage et plaisir. Des animaux apparaissent, à l’allure d’anges gardiens ou de monstres
infernaux, leur monstruosité tempérée par leur aspect grotesque ou comique.
C’est un monde du paradis perdu bouleversé par les peurs d’aujourd’hui, mais des peurs
tenues à distance par une mise en scène picturale qui provoque la joie plutôt que l’effroi.
Joie également provoquée par une attention à la forme qui ne réduit pas cette peinture à
une simple narration.
Au contraire une véritable jubilation visuelle se dégage de ces rouges, de ces bleus, de
ces jaunes qui animent la toile comme de puissants signaux lumineux. Cette joie provient
aussi de l’humour qui parcourt ces représentations. Les tableaux et sculptures de Kyle
Staver sont le produit d’un art très sérieux qui ne se prend pas au sérieux.
Sérieux par les qualités formelles qui structurent chaque oeuvre en lui donnant l’évidence
d’un fait pictural, pas sérieuses par la légèreté qui vient subvertir ces scènes de jugement
ou de martyre en les amenant vers un état burlesque irrésistible.
Irrésistible et bouleversé, les figures s’entrechoquant en des poses diverses, en une
apparence de spontanéité certainement mûrement anticipée et réfléchie par l’artiste.
Pour définir son art j’évoquerai une beauté burlesque, une beauté burlesque et convulsive
à la manière dont André Breton déclarait cette convulsion comme condition même de la
beauté. »